Voilà un mot très rare, qui désigne un sentiment d’abandon ou de solitude morale, par lequel une personne ou un groupe se retrouve livré à lui-même. Mais quelle est l’origine du mot déréliction ?
Ce mot existe en français depuis le début du XVIe siècle, époque à laquelle il a été repris et adapté du latin classique derelictio, « abandon ». Le nom latin appartient à la famille du verbe derelinquo, « abandonner, délaisser », qui dérive de relinquo, « laisser derrière soi, abandonner », lui-même forme renforcée de linquo, de même sens.
Au tout début, ce mot était un synonyme littéraire de abandon, conformément à son sens en latin. Un siècle plus tard, le mot déréliction faisait sa place dans le domaine de la religion. Il désigne alors l’état de solitude morale d’un fidèle qui pense être abandonné de Dieu.
Peu à peu, le mot progresse vers les domaines de la morale et de la philosophie, avec un sens très proche : « état de solitude morale, que ressent une personne privée de tout secours ».
La signification dévie un peu dans l’expression plus récente (années 1960) tomber en déréliction. Sa portée s’élargit puisqu’elle ne s’applique plus à un individu mais à un groupe, voire une société, le monde. L’expression signifie « tomber en disgrâce, connaître la déchéance ».
Comment ne pas terminer par la reprise parodique du mot par les Inconnus, dans leur chanson Vice versa (1992) ? Le texte allie grammaire approximative et absence de sens, pour se moquer des paroles pseudo-philosophiques d’autres groupes de l’époque.
Extrait des paroles : « Il faut que tu arriveras / À laminer tes rancœurs dialectiques / Même si je suis con- / -vaincu que c’est très difficile / Mais comme moi, dis-toi / Qu’il est tellement plus mieux / D’éradiquer les tentacules de la déréliction / … Et tout deviendra clair ».
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