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Tous les participes passés que j’ai simplifié

Bête noire des élèves, cauchemar des allophones, tout le monde s’accorde à le dire : l’accord du participe passé est probablement le point d’orthographe le plus difficile à maîtriser de la langue française.

 

Pourquoi l’accord du participe passé est-il si compliqué à retenir ?

D’abord, parce qu’il n’existe pas de règle unique qui s’appliquerait à tous les participes passés.

Pour connaître la règle à appliquer, il faut d’abord se souvenir de deux choses rapidement oubliées : les auxiliaires et le COD.

Si leur simple évocation peut faire rejaillir des souvenirs scolaires, il est souvent plus compliqué de savoir ce qu’ils désignent vraiment, sans même parler de distinguer un COD d’un COI !

Mais l’accord du participe passé ne s’arrête pas à ça : une fois auxiliaire et COD identifiés, il faut encore savoir où se trouve ce dernier et vérifier que ce ne soit pas le mot en, qui perturbe aussi l’accord.

Enfin, les verbes pronominaux demandent une attention particulière, ayant une règle d’accord qui leur est propre.

 

Pourquoi en parle-t-on aujourd’hui ?

Plusieurs institutions de Belgique et de France, soutenues par des linguistes et des professeurs, recommandent de nouvelles règles concernant l’accord du participe passé. Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, deux anciens professeurs de français en Belgique, se sont fait les porte-paroles de cette proposition au travers d’une tribune dans le journal Libération.

Ces nouvelles recommandations ont pour but de rendre plus cohérentes et plus simples les règles d’accord du participe passé, jugées trop difficiles et inexplicables d’un point de vue linguistique.

 

En quoi consistent ces recommandations ?

Elles se composent de 3 règles :

  • Les participes passés employés sans auxiliaire ou avec l’auxiliaire être s’accordent avec le mot ou la suite de mots que l’on trouve à l’aide de la question : « Qui (qu’est-ce qui) est (n’est pas) PP ? ».
  • Les participes passés conjugués avec l’auxiliaire avoir sont invariables.
  • Les participes passés des verbes pronominaux pourront s’accorder avec le mot ou la suite de mots que l’on trouve à l’aide de la question « Qui (qu’est-ce qui) s’est (ne s’est pas) PP ? », augmentée des éventuels compléments du verbe.

Cette simplification, est-ce une bonne idée ?

Comme toute proposition de changement concernant la langue française, ces recommandations déclenchent des réactions à la fois très vives et très contrastées.

Les plus conservateurs veulent défendre la langue française contre les changements, et conserver les règles acquises de longue date. De ce point de vue, changer les règles revient à dégrader la langue, à l’appauvrir : on a pu observer à ce titre les réactions négatives déclenchées par certains points des recommandations orthographiques de 1990.

À l’inverse, certains luttent ardemment pour une simplification des règles orthographiques du français, allant parfois beaucoup plus loin que le seul accord du participe passé. De ce point de vue, le français est une langue archaïque dont les règles sont trop complexes et qui devrait être simplifiée pour en faciliter l’accès au plus grand nombre.

 

Qui décide de changer la règle en vigueur ?

En France métropolitaine, l’Académie française est souvent perçue comme la référence en ce qui concerne la langue. Cependant, il existe de nombreuses autres institutions en et hors de France qui ne sont pas moins légitimes, comme l’Office québécois de la langue française ou la DGLFLF.

Finalement, il est important de rappeler qu’aucune de ces institutions, pas plus que les divers dictionnaires et grammaires, ne peut édicter une règle orthographique.

En effet, c’est l’usage, et uniquement lui, qui crée ou modifie les règles existantes. Les institutions et ouvrages ne sont que les dépositaires de ce qui est la norme à un moment donné.

 

Difficile donc de donner un avis pour ou contre ces modifications ! Il s’agira d’observer avec attention l’implantation de ces nouvelles recommandations dans l’usage courant avant de les entériner.