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Les astuces du champion de France d’orthographe pour ne plus faire de fautes

Article de Marie Merdrignac, publié sur Ouest-France.fr le 04/09/2018

 

Guillaume Terrien est tellement bon en orthographe que certains concours francophones ne veulent plus qu’il participe à leurs dictées ! Alors en cette rentrée, voici quelques-unes de ses astuces de champion pour ne plus faire de fautes.

Nos voisins belges voudraient simplifier l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir. Selon Arnaud Hoedt et Jérôme Pitron, deux professeurs de français de Wallonie qui ont signé ce lundi une tribune dans Libération, la règle est compliquée, difficile à expliquer et inutile à apprendre… Ils militent pour sa suppression.

« On dit qu’il y a beaucoup d’exceptions, mais ce n’est pas le cas. Il s’agit plutôt de cas particuliers, indique Guillaume Terrien, champion de France de l’orthographe, plus jeune lauréat de la fameuse dictée de Bernard Pivot en 2004 (il avait 25 ans). Pour cet accord du participe passé, il faut trouver ce fichu COD (complément d’objet direct) et ne pas en faire une montagne car cela résout 90 % des cas », ajoute celui qui a fondé Orthodidacte.com, une méthode en ligne pour améliorer ses écrits.

Voyons donc comment il procède pour les erreurs les plus courantes.

-er ou -é ?

Comment savoir si on doit conjuguer un verbe ou lui préférer l’infinitif ? « La meilleure des astuces consiste à remplacer le verbe », indique Guillaume Terrien. Par exemple, face à la proposition : « J’ai jeté les papiers », on remplace le verbe « jeter » par un autre verbe comme « vendre ». Ça donne ça : « J’ai vendu les papiers » et pas « J’ai vendre les papiers », donc on écrit « jeté » et pas « jeter ».

-ai ou -ais ?

Je voudrai ou je voudrais ? Pour savoir, « on transforme la phrase en changeant de personne, car avec tu ou il, la difficulté n’existe plus, la prononciation diffère. On met en balance les deux choix et on tranche pour celui qui passe le mieux », dont la signification correspond au contexte de la phrase.

Par exemple  « Je devrais/devrai aller voir mes parents. » On passe à la deuxième personne du singulier : « Tu devrais aller voir tes parents » ou « tu devras aller voir tes parents ». On écrira donc : « Je devrais aller voir mes parents » plutôt que « je devrai aller voir mes parents » (futur).

Après que / Avant que

Guillaume Terrien conseille d’abord de bien décortiquer les actions de la phrase : « Après qu’il a mangé (ACTION 1), il est allé se coucher (ACTION 2). » Dans ce cas, l’ACTION 1 est par définition antérieure à l’ACTION 2. L’ACTION 1 est certaine, elle est déjà arrivée, donc on appliquera le mode indicatif.

« Avant qu’il aille dormir (ACTION 1), il se brossera les dents (ACTION 2). » Dans ce cas, l’ACTION 1 est incertaine, alors on utilisera le mode subjonctif.

Guillaume Terrien utilise ce petit schéma :

Illustration : Guillaume Terrien

Par la suite, pour ne plus avoir à tout décortiquer ainsi, le champion de l’orthographe conseille d’avoir « des paires de phrases en tête ». Lui, retient et répète : « Avant qu’il aille / Après qu’il va. »

L’accord du participe passé (tremblez…)

En cherchant « le fichu COD, on résout 90% des cas », répète Guillaume Terrien. Car la règle qu’on apprend à l’école est claire : avec l’auxiliaire être, le participe passé du verbe conjugué s’accorde en genre et en nombre avec son sujet (exemple : elles sont partiES). Avec l’auxiliaire avoir, le participe passé du verbe s’accorde en genre et en nombre avec le COD si celui-ci est placé avant. S’il est placé après, alors le participe passé reste invariable (exemple : les fraises que j’ai mangées ; j’ai mangé des fraises).

Ça se corse un peu avec les verbes pronominaux…

Par exemple, « elle s’est lavé les mains » ou « elle s’est lavée les mains » ? « On peut remplacer l’auxiliaire être par avoir. Ça donne quelque chose d’assez similaire à l’espagnol en fait », propose Guillaume Terrien. Ce qui donne dans notre cas : « Elle a lavé les mains », le COD « les mains » est placé après l’auxiliaire, la proposition correcte est donc : « Elle s’est lavé les mains. »

On s’arrêtera là pour les verbes pronominaux, pour ne pas vous écœurer…

Le lexique

C’est ce qui pose le plus de difficultés, admet le champion d’orthographe. « Il faut potasser, apprendre des listes des mots dont on ne retient pas l’orthographe, apprendre les racines grecques ou latines pour ne plus se tromper »

Même les meilleurs ont besoin d’entraînement. « On a tous nos bêtes noires », glisse Guillaume Terrien. Pour lui, c’est par exemple le mot « quatuor », qu’il aurait tendance à écrire spontanément avec deux « t ». Ou encore « baril », auquel il voudrait aussi mettre deux « r », sous l’influence du terme anglais « barrel » ou du nom français « barrique ».

Pour éviter de faire la faute, « je pense à une anagramme de « baril », qui est « blair », comme Tony Blair, ajoute Guillaume Terrien. Les meilleures techniques pour éviter les erreurs, ce sont celles qu’on construit soi-même. Ce sont les plus efficaces, les plus faciles à retenir. »